appétit

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appétit

appétit [ apeti ] n. m.
‱ apetit 1180; lat. appetitus « dĂ©sir »
1 ♩ Un, des appĂ©tits. Mouvement qui porte Ă  rechercher ce qui peut satisfaire un besoin organique, un instinct. ⇒ appĂ©tence, besoin, dĂ©sir, inclination, instinct, tendance. AppĂ©tits naturels. AppĂ©tit sexuel. ⇒ concupiscence, dĂ©sir. « Une tendresse avide de cĂąlineries, sans aucun des appĂ©tits de brute » (Courteline).
2 ♩ (XIIIe) L'appĂ©tit. DĂ©sir de nourriture, plaisir que l'on trouve Ă  manger. Avoir de l'appĂ©tit, beaucoup, peu d'appĂ©tit. Un bon, gros, robuste, solide appĂ©tit (cf. Avoir un bon coup de fourchette). Un appĂ©tit d'ogre. ⇒ gloutonnerie, voracitĂ©. Un appĂ©tit d'oiseau. Un appĂ©tit maladif. ⇒ boulimie. Manger avec appĂ©tit, d'un bon appĂ©tit. Manger sans appĂ©tit, du bout des dents. ⇒ chipoter. Donner de l'appĂ©tit. ⇒ faim ; apĂ©ritif; fam. creuser (cf. Ouvrir l'estomac). Mettre en appĂ©tit. ⇒ affriander, affrioler, allĂ©cher (cf. Faire venir l'eau Ă  la bouche). Perdre l'appĂ©tit (⇒ anorexie) . L'Ă©motion lui a coupĂ© l'appĂ©tit. — Bon appĂ©tit, souhait qu'on adresse Ă  qqn qui mange ou va manger. AbrĂ©v. fam. Bon app [ bɔnap ]. — PROV. L'appĂ©tit vient en mangeant; fig. plus on a, plus on veut avoir.
3 ♩ Par ext. AppĂ©tit de : dĂ©sir pressant de (qqch.). ⇒ aspiration, curiositĂ©, dĂ©sir, goĂ»t, passion, soif. « un appĂ©tit de bonheur insatiable [...] et un besoin d'aimer dĂ©vorant » (Maupassant). « L'appĂ©tit de savoir naĂźt du doute » (A. Gide).
⊗ CONTR. Anorexie, dĂ©goĂ»t, dysorexie, inappĂ©tence, rĂ©pugnance, rĂ©pulsion, satiĂ©tĂ©.

● appĂ©tit nom masculin (latin appetitus, dĂ©sir) LittĂ©raire. Inclination par laquelle on est portĂ© Ă  dĂ©sirer quelque chose ; dĂ©sir : AppĂ©tit de possession, de bonheur. DĂ©sir de manger, sensation de faim : Ce rĂ©cit m'a coupĂ© l'appĂ©tit. ● appĂ©tit (citations) nom masculin (latin appetitus, dĂ©sir) SĂ©bastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort prĂšs de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 AcadĂ©mie française, 1781 La sociĂ©tĂ© est composĂ©e de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dĂźners que d'appĂ©tit et ceux qui ont plus d'appĂ©tit que de dĂźners. Maximes et pensĂ©es François Rabelais La DeviniĂšre, prĂšs de Chinon, vers 1494-Paris 1553 L'appĂ©tit vient en mangeant, [
] la soif s'en va en buvant. Gargantua, 5 ● appĂ©tit (expressions) nom masculin (latin appetitus, dĂ©sir) AppĂ©tit de loup, d'ogre, violent appĂ©tit. AppĂ©tit d'oiseau, trĂšs petit appĂ©tit. AppĂ©tit sexuel, manifestation du dĂ©sir sexuel, de la sexualitĂ©. Avoir bon appĂ©tit, manger beaucoup. Bon appĂ©tit !, souhait adressĂ© Ă  quelqu'un avant le repas. Mettre quelqu'un en appĂ©tit, lui donner le dĂ©sir de manger ; lui donner l'envie de faire quelque chose, de poursuivre une action, de connaĂźtre la suite de quelque chose. Rester sur son appĂ©tit, rester sur sa faim, n'ĂȘtre pas satisfait dans ses dĂ©sirs. ● appĂ©tit (synonymes) nom masculin (latin appetitus, dĂ©sir) LittĂ©raire. Inclination par laquelle on est portĂ© Ă  dĂ©sirer quelque chose ; dĂ©sir
Synonymes :
Contraires :
- dégoût
- répugnance
- répulsion
DĂ©sir de manger, sensation de faim
Synonymes :
- appétence
- appétition
Contraires :
- inappétence
- satiété

appétit
n. m.
d1./d Besoin, plaisir de manger. Manger de bon appétit. Avoir un gros appétit.
— (Prov.) L'appĂ©tit vient en mangeant: plus on a de biens, plus on en dĂ©sire.
|| (Plur.) Inclination qui a pour objet la satisfaction d'un besoin organique. Appétits sexuels. Syn. besoin, désir.
d2./d Par ext. Désir impérieux de qqch. Appétit d'honneurs.

⇒APPÉTIT, subst. masc.
I.— Inclination liĂ©e Ă  une fonction naturelle, ayant pour objet le bien-ĂȘtre de l'organisme :
‱ 1. L'appĂ©tit se distingue particuliĂšrement du dĂ©sir en ce qu'il n'est pas constant, mais pĂ©riodique, et qu'apaisĂ© pour un temps il renaĂźt aprĂšs des intervalles dĂ©terminĂ©s.
COUSIN, Hist. de la philos. mod., 1847, p. 583.
A.— Plus spĂ©c.
1. Désir sexuel. Appétit sensuel, sexuel :
‱ 2. L'amour, pour le monde, n'est qu'un appĂ©tit charnel, ou un penchant vague que la jouissance Ă©teint et que l'absence dĂ©truit. VoilĂ  pourquoi tu as entendu dire, par un Ă©trange abus de mots, que les passions ne duraient pas.
HUGO, Lettres à la fiancée, 1821, p. 54.
2. Désir de manger. Grand appétit, perdre l'appétit, satisfaire l'appétit :
‱ 3. ... le corps humain, cette machine si compliquĂ©e, serait bientĂŽt hors de service, si la providence n'y avait placĂ© un ressort qui l'avertit du moment oĂč ses forces ne sont plus en Ă©quilibre avec ses besoins. Ce moniteur est l'appĂ©tit. On entend par ce mot la premiĂšre impression du besoin de manger.
BRILLAT-SAVARIN, Physiol. du goût, 1825, p. 59.
‱ 4. Capevirade avait faim mais pas d'appĂ©tit, pas d'amitiĂ© pour les aliments.
A. ARNOUX, Double chance, 1958.
♩ AppĂ©tit de loup. Grand, violent appĂ©tit. (AttestĂ© ds la plupart des dict. gĂ©n. du XIXe et du XXe siĂšcle).
♩ AppĂ©tit d'oiseau. TrĂšs petit appĂ©tit (cf. Lar. encyclop., Lar. Lang. fr.).
♩ Bon appĂ©tit. Souhait que l'on adresse Ă  quelqu'un qui mange ou va manger :
‱ 5. — Bon appĂ©tit, dit Mathieu. Ils rirent : tout le monde savait qu'il n'y avait plus rien Ă  manger dans le village;...
SARTRE, La Mort dans l'Ăąme, 1949, p. 137.
— Au fig., p. iron. (cf. HUGO, Ruy Blas, 1838, III, 2).
♩ Couper l'appĂ©tit. Ôter l'appĂ©tit, l'envie de manger, la faim (cf. Lar. 19e, GUÉRIN 1892).
SYNT. Appétit formidable, furieux, féroce, vorace; robuste appétit; aiguiser, exciter, assouvir, réveiller l'appétit.
3. [S'applique également aux animaux en parlant de leurs inclinations] :
‱ 6. « (...) Il faut les voir [les bestiaux] libres dans nos champs, plus libres encore dans nos forĂȘts, oĂč ils passent une partie de leur vie; c'est lĂ  que l'expĂ©rience dĂ©veloppe leurs facultĂ©s, et que, dans plusieurs circonstances, l'instinct m'a paru s'Ă©lever au niveau de la raison ». « Ainsi que nous, les ĂȘtres douĂ©s de cette premiĂšre facultĂ© ont des passions, c'est-Ă -dire, des appĂ©tits qui les excitent, des desirs, des rapports entr'eux, sur-tout dans un grand troupeau; consĂ©quemment, des nuances dans leurs caractĂšres; ... »
CRÈVECƒUR, Voyage dans la Haute Pensylvanie, t. 2, 1801, p. 256.
B.— P. ext. DĂ©sir vif, goĂ»t prononcĂ© et presque sensuel pour un objet autre que la satisfaction d'un besoin naturel de l'organisme. AppĂ©tit d'argent, de gloire :
‱ 7. J'ai dit que les esprits les plus romanesques Ă©taient les plus positifs, et, quoique cela ressemble Ă  un paradoxe, je le maintiens. Le penchant romanesque est un appĂ©tit du beau idĂ©al. Tout ce qui, dans la rĂ©alitĂ© vulgaire, gĂȘne cet Ă©lan est facilement mis de cĂŽtĂ© et comptĂ© pour rien par ces esprits logiciens Ă  leur point de vue.
G. SAND, Histoire de ma vie, t. 3, 1855, p. 15.
‱ 8. Je ne donne pas, cependant, Maurice de Saxe en tout comme un sage; il avait aussi ses exigences Ă  lui, ses appĂ©tits de cupiditĂ©, ses bouffĂ©es d'ambition.
SAINTE-BEUVE, Nouveaux lundis, t. 11, 1863-69, p. 103.
‱ 9. Nous aurons Ă  montrer plus loin pourquoi la langue courante parle du besoin en un sens plus large : besoin de lumiĂšre, de musique, d'amitiĂ©, etc.; il semble dĂšs le dĂ©but que cette extension de sens tient Ă  deux raisons : les besoins au sens large ont une ressemblance matĂ©rielle avec les appĂ©tits par la note de manque qu'elles comportent et la rĂ©vĂ©lation affective gĂ©nĂ©ralisĂ©e d'une lacune au cƓur de l'existence; ...
RICƒUR, Philos. de la volontĂ©, 1949, p. 85.
SYNT. AppĂ©tit d'autoritĂ©, de domination, de gain; — de bonheur, d'hĂ©roĂŻsme, d'indĂ©pendance; — de malheur, de vengeance.
C.— Loc. et proverbes (attestĂ©s ds la docum. et/ou ds les dict. gĂ©nĂ©raux)
♩ À l'appĂ©tit de, loc. prĂ©p. ,,Faute de vouloir dĂ©penser, ou par envie d'Ă©pargner. Il a laissĂ© tomber sa maison, Ă  l'appĂ©tit d'une centaine de pistoles qu'il fallait dĂ©penser pour la rĂ©parer. À l'appĂ©tit d'un Ă©cu, il a laissĂ© mourir un cheval de cinquante louis.`` (Ac. 1835).
Rem. Enregistré ds la plupart des dict. gén. du XIXe s.; n'est plus attesté ds ceux du XXe siÚcle.
♩ L'appĂ©tit vient en mangeant. Au fig., plus on a de biens ou d'honneurs, plus on dĂ©sire en acquĂ©rir.
♩ Avec appĂ©tit, de tout son appĂ©tit, loc. adv. Avec entrain, de tout cƓur (cf. Lar. 19e-Lar. 20e).
♩ Avoir l'appĂ©tit ouvert de bon matin. Au fig., ,,rechercher prĂ©maturĂ©ment quelque chose d'utile et d'agrĂ©able`` (Ac. 1798-1932).
♩ C'est un homme de bon, de grand, de haut appĂ©tit, qui a bon appĂ©tit. Se dit de quelqu'un qui recherche avec aviditĂ© fortune, honneurs, qui veut ajouter Ă  ce qu'il possĂšde et Ă  qui tout semble bon.
♩ Vieilli. Chercher, prendre ses appĂ©tits. Choisir les mets pour lesquels on a le plus d'appĂ©tit ou de goĂ»t.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du XIXe s. seulement.
♩ Demeurer, rester sur son appĂ©tit. Au fig., ne pas ĂȘtre entiĂšrement satisfait dans ses dĂ©sirs, ses goĂ»ts, ses prĂ©tentions.
♩ Il n'est chĂšre (sauce) que d'appĂ©tit. ,,La faim assaisonne tous les mets.`` (Ac. 1798-1932).
II.— Emplois spĂ©c.
A.— PHILOS. SCOLAST. Tendance qui porte l'Ăąme Ă  dĂ©sirer le bien connu, qu'il soit sensible (appĂ©tit sensible, synon. de dĂ©sir : concupiscible quand il recherche le bien, irascible quand il Ă©vite le mal), spirituel ou rationnel (appĂ©tit raisonnable ou rationnel, synon. de volontĂ©) :
‱ 10. Dans l'ordre moral, les premiers faits qui se rencontrent sont encore du nombre de ceux oĂč l'Ăąme se montre passive : c'est pourquoi on les nomme excellemment passions. Il serait long de les Ă©numĂ©rer. Mais toutes se ramĂšnent Ă  des dispositions antĂ©rieures, qu'on appelle appĂ©tits. Il y a trois sortes d'appĂ©tits : le premier, naturel, qui n'a point conscience de soi, et qui est la tendance irrĂ©sistible de tous les ĂȘtres physiques Ă  la satisfaction de leurs besoins; le second, sensitif, qui a son mobile externe dans les choses sensibles, et qui est concupiscible, ou irascible, tour Ă  tour; le troisiĂšme, intellectuel, dont l'objet n'est apprĂ©ciable qu'Ă  la pensĂ©e.
OZANAM, Essai sur la philos. de Dante, 1838, p. 139.
‱ 11. Dans le domaine des faits, Platon avait Ă©bauchĂ© une classification des opĂ©rations mentales, qui distinguait l'intelligence, les Ă©motions nobles et les appĂ©tits infĂ©rieurs; la classification d'Aristote, sans se libĂ©rer des prĂ©occupations ontologiques, apparaĂźt plus mĂ©thodique en dĂ©finissant quatre fonctions de l'Ăąme : nutritive, sensitive, motrice, intellectuelle.
Hist. de la science, 1957, p. 1630.
B.— ART CULIN., surtout au plur. Hors-d'Ɠuvre ou assaisonnements excitant l'appĂ©tit.
1. Nom donné à certaines herbes apéritives (ciboule, ciboulette, etc.) utilisées dans les salades ou dans les sauces pour en relever le goût :
‱ 12. Nous avons l'honneur d'habiter le mĂȘme hĂŽtel que cette jeune et illustre personne, affublĂ©e d'une tendre mĂšre de Bordeaux qui Ă  table d'hĂŽte rĂ©clame des « appĂ©tits » dans la salade...
A. DAUDET, Numa Roumestan, 1881, p. 187.
2. Harengs n'ayant reçu qu'un demi-apprĂȘt, peu salĂ©s et peu fumĂ©s.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du XIXe et du XXe siÚcle.
PRONONC. ET ORTH. :[apeti]. LITTRÉ indique que le t ne se lie pas, contrairement au s de plur. Enq. :/apeti/. FÉR. Crit. t. 1 1787 admet une var. graph. apĂ©tit.
ÉTYMOL. ET HIST. — 1. Ca 1180 « vif dĂ©sir de qqc. » (Vie de St Evroult, 2237 d'apr. BARB. Misc. t. 2 1925, p. 94 : Donner don grant ou petit Par amour o grant apetit); 1370-72 philos. appetit sensitif « facultĂ© de dĂ©sirer » (ORESME, Ethiques, 54 ds LITTRÉ : Encore appert il que l'appetit sensitif obeist aucunement Ă  raison), repris dep. RICH. 1680; ca 1398 loc. adv. Ă  l'appĂ©tit de « Ă  cause du dĂ©sir de » (E. DESCHAMPS, Poesies, Richel. 840, f° 55a ds GDF. : A apetit d'aucuns fault estre duit, Et que francs cuers au felon s'umilie), qualifiĂ© de ,,vieilli``, par Ac. 1835; av. 1695 « dĂ©sir amoureux » (LA FONTAINE, Serv. ds LITTRÉ : Fille pleine de suc et donnant appĂ©tit); 2. ca 1256 appetit « dĂ©sir [de nourriture] » (ALEBRANT, f° 16 ds LITTRÉ : Il ara petit appetit de mengier et grant talent de boire); 1534 absol. (RABELAIS, Gargantua, ch. 23, ligne 54, Ă©d. Lefranc, 1913, p. 219); 1534 proverbe l'appĂ©tit vient en mangeant (ID., Ibid., ch. 5, ligne 108, ibid., p. 62); 1573 id. fig. (DU VERDIER, Prosopographie ds Dict. Hist. Ac. fr. t. 3, p. 421); 1546 loc. ouvrir l'appĂ©tit (RABELAIS, Tiers livre, ch. 2, ligne 114, Ă©d. Screech, 1964, p. 34); av. 1695 bon appĂ©tit (LA FONTAINE, Fables, I, 18 ds Dict. hist. Ac. fr. t. 3, p. 420).
Empr. au lat. appetitus « vif dĂ©sir » (CICÉRON, Fin., 2, 32 ds TLL s.v., 282, 4; spĂ©c. en parlant de nourriture (Ve s., CAELIUS AURELIANUS, Chron., 2, 14, 198, ibid., 282, 53).
STAT. — FrĂ©q. abs. littĂ©r. :2 059. FrĂ©q. rel. littĂ©r. : XIXe s. : a) 2 192, b) 3 866; XXe s. : a) 3 442, b) 2 744.
BBG. — Ac. Gastr. 1962. — BACH.-DEZ. 1882. — BAUDR. PĂȘches 1827. — BOUILLET 1859. — BRUANT 1901. — Canada 1930. — DARM. Vie 1932, p. 66. — DUB. Pol. 1962, p. 72, 187. — DUMAS 1965 [1873]. — Foi t. 1 1968. — FOULQ.-ST-JEAN 1962. — FRANCK 1875. — GOBLOT 1920. — GOTTSCH. Redens. 1930, p. 50, 159. — LACR. 1963. — LAF. 1878. — LAFON 1969. — LAL. 1968. — Lar. mĂ©d. 1970. — Lar. mĂ©n. 1926. — LE ROUX 1752. — LITTRÉ-ROBIN 1865. — MĂ©d. Biol. t. 1 1970. — MONT. 1967. — NYSTEN 1824. — PIERREH. 1926. — PIERREH. Suppl. 1926. — PIÉRON 1963. — PIGUET 1960. — POMM. 1969. — PRIVAT-FOC. 1870. — REMIG. 1963.

appétit [apeti] n. m.
ÉTYM. V. 1180, apĂ©tit; du lat. appetitus « dĂ©sir », de appetere. → AppĂ©ter.
❖
1 (Un, des appĂ©tits). Mouvement qui porte Ă  rechercher ce qui peut satisfaire un besoin organique, un instinct. ⇒ AppĂ©tence, appĂ©tition, besoin, inclination, instinct, tendance. || AppĂ©tits naturels. || AppĂ©tit sexuel. ⇒ Concupiscence, dĂ©sir. || AppĂ©tits brutaux. || Assouvir de bas appĂ©tits. || RĂ©duire l'homme aux appĂ©tits les plus grossiers (⇒ Animaliser, animalitĂ©). — Hist. philos. (scolast.). || AppĂ©tit naturel, appĂ©tit sensitif (concupiscif ou irascible), appĂ©tit intellectuel.
REM. Cet emploi est en gĂ©nĂ©ral vieilli, sauf en termes de religion (appĂ©tit concupiscible, → cit. 2). L'emploi absolu (« instinct ») appartient seulement Ă  la langue classique :
1 La liberté, les bois, suivre leur appétit,
C'Ă©tait leurs dĂ©lices suprĂȘmes (
)
La Fontaine, Fables, XII, 1.
2 Les philosophes appellent appĂ©tit concupiscible celui oĂč domine le dĂ©sir.
Bossuet, TraitĂ© de la connaissance de Dieu
, I, 6.
3 (
) la partie animale
Dont l'appĂ©tit grossier aux bĂȘtes nous ravale.
MoliÚre, les Femmes savantes, I, 1.
4 Ses traits mĂąles et bouleversĂ©s (
) annonçaient les ressources inĂ©puisables de sens fougueux et les appĂ©tits de l'instinct (
)
Balzac, Séraphßta, III, Pl., t. X, p. 522.
♩ SpĂ©cialt. || Les appĂ©tits (Ă©rotiques, sexuels). → ci-dessous 3.
5 Saint Augustin enseigne que, quand l'Écriture nous exhorte Ă  rĂ©sister aux dĂ©mons, elle entend que nous devons rĂ©sister Ă  nos passions et Ă  nos appĂ©tits dĂ©rĂ©glĂ©s.
France, la RÎtisserie de la reine Pédauque, p. 213.
♩ Vx. || Les appĂ©tits (alimentaires) : la faim, l'appĂ©tit (2.).
5.1 Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
La Fontaine, Fables, VII, 2.
2 L'appĂ©tit. a (1256). Cour. DĂ©sir de nourriture, plaisir que l'on trouve Ă  manger. || Avoir de l'appĂ©tit, beaucoup, peu d'appĂ©tit. || Un bon, grand, gros, robuste, solide appĂ©tit. || Il a (un) gros appĂ©tit. || Un appĂ©tit pantagruĂ©lique. || Un appĂ©tit d'enfer, de loup, d'ogre, d'ogresse (→ Ogre, cit. 2), violent, vorace. || Un appĂ©tit d'oiseau, trĂšs lĂ©ger. || Un petit appĂ©tit. || Un appĂ©tit glouton. ⇒ Gloutonnerie, voracitĂ©. || Un appĂ©tit excessif, immodĂ©rĂ©, insatiable, maladif. ⇒ Boulimie. || DĂ©pravation de l'appĂ©tit. ⇒ Malacie, pica. || Manger avec appĂ©tit, d'un bon appĂ©tit. || Manger sans appĂ©tit, du bout des dents. ⇒ Chipoter. || Avoir de l'appĂ©tit, bon appĂ©tit, beaucoup d'appĂ©tit. || Elle n'a aucun appĂ©tit. || Avoir moins d'appĂ©tit qu'on ne croyait (→ Avoir les yeux plus grands que la panse, que le ventre). ⇒ Gourmandise. || Donner de l'appĂ©tit Ă  qqn, creuser (fam.). || Aiguiser, Ă©veiller, exciter l'appĂ©tit de qqn. ⇒ Affriander, affrioler, allĂ©cher (→ Faire venir l'eau Ă  la bouche). || Qui augmente, provoque, stimule, ouvre l'appĂ©tit. ⇒ ApĂ©ritif. || Reprendre de l'appĂ©tit. || L'appĂ©tit vient, revient. || Un mets de haut goĂ»t, qui rĂ©veille l'appĂ©tit. || Assouvir, contenter, rassasier, satisfaire son appĂ©tit. || Manger Ă  son appĂ©tit. || Couper, Ă©mousser, gĂąter, faire passer l'appĂ©tit. || Perdre l'appĂ©tit. || Il en perd l'appĂ©tit. — En appĂ©tit. || Mettre, remettre qqn en appĂ©tit.
6 La faim est essentiellement l'expression d'un besoin, elle ne peut ĂȘtre ni provoquĂ©e ni excitĂ©e, comme l'appĂ©tit. Celui-ci se prononce pour tel aliment de prĂ©fĂ©rence Ă  un autre; la faim appelle Ă©galement toute espĂšce d'aliment pour lequel on n'a pas de rĂ©pugnance. En mangeant on apaise toujours la faim, tandis qu'on donne quelquefois lieu Ă  l'appĂ©tit de se dĂ©velopper.
Littré, Dict., art. Appétit.
7 Se dit plus particuliÚrement de la faim, du désir de manger. Ce malade a perdu l'appetit, il a un appetit desréglé; les salives excitent l'appetit.
FuretiÚre, Dict., art. Appétit.
8 Mais il crut mieux faire d'attendre
Qu'il eût un peu plus d'appétit.
La Fontaine, Fables, VII, 5.
9 AprĂšs quelques moments l'appĂ©tit vint (
)
La Fontaine, Fables, VII, 5.
10 Jupiter, s'il Ă©tait malade,
Reprendrait l'appétit en tùtant d'un tel mets.
La Fontaine, Fables, XI, 6.
11 Leur effet naturel (des eaux) est d'ouvrir l'appétit.
Racine, Lettres.
12 Le gourmand trouve des bornes dans son appĂ©tit, quelque dĂ©rĂ©glĂ© qu'il soit (
)
Bossuet, Traité de la concupiscence, 9.
13 Il n'y a point naturellement pour l'homme de mĂ©decin plus sĂ»r que son propre appĂ©tit (
)
Rousseau, Émile, L, II.
13.1 Comprenant qu'elle avait trop maigri (
) elle cherchait de l'appĂ©tit sur les routes et dans les bois voisins, et bien qu'elle rentrĂąt fatiguĂ©e et sans faim, elle s'efforçait de manger beaucoup.
Maupassant, Fort comme la mort, II, II, éd. 1889, p. 184.
14 (
) l'idée de manger des calories me gùte l'appétit.
G. Duhamel, ScÚnes de la vie future, II, p. 38.
♩ Fig. || Un homme de bon, de grand, de haut appĂ©tit, qui recherche avidement argent, faveurs, places.
♩ ☑ (XVIIe). Bon appĂ©tit !, souhait adressĂ© Ă  une personne qui va manger, commence de manger (AbrĂ©v. trĂšs fam. en bon app' ! [bɔnap]). — Allus. littĂ©raire :
15 Bon appétit, messieurs ! Î ministres intÚgres !
Conseillers vertueux ! voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison.
Hugo, Ruy Blas, III, 2.
♩ ☑ Prov. (vx). Il n'est chĂšre (ou sauce) que d'appĂ©tit : la faim est le meilleur assaisonnement. ☑ L'appĂ©tit assaisonne tout.
16 Tout ce qu'on boit est bon, tout ce qu'on mange est sain (
)
Et mieux que Bergerat (célÚbre traiteur) l'appétit l'assaisonne.
Boileau, Épütres, VI.
♩ ☑ (1534). Mod. et cour. L'appĂ©tit vient en mangeant : plus on mange, plus on a faim. Fig. Plus on a, plus on veut avoir.
17 L'appétit vient en mangeant, disait Angest (
) la soif s'en va en buvant.
Rabelais, Gargantua, I, 5.
♩ Avoir l'appĂ©tit ouvert : avoir faim. — Au fig. (vx). || Avoir l'appĂ©tit ouvert de bon matin : dĂ©sirer.
18 Vous avez l'appétit ouvert de bon matin :
D'hier au soir seulement vous ĂȘtes dans la ville (
)
Et déjà vous cherchez à pratiquer l'amour !
Corneille, le Menteur, I, 1.
♩ ☑ Demeurer, rester sur son appĂ©tit, se dit, au fig., pour : n'ĂȘtre point satisfait dans son dĂ©sir, dans ses prĂ©tentions.
b Par métonymie. (XVIIe). Cuis. || Les appétits : herbes aromatiques et apéritives. || La ciboule, la ciboulette, la civette, l'oignon sont des appétits.
18.1 Au XVIIe siÚcle, on entendait dans les rues de Paris le refrain du marchand d'herbes : Je vends oignons et échalotes / Que l'on crie bons appétits.
Dict. de l'Académie des gastronomes, p. 70.
19 C'est un abatis de poulet que je vous fais réchauffer. J'y mets quelques oignons pour allonger la sauce, avec quelques appétits.
J.-R. Bloch, Sybilla, V.
3 (XVIIe). Vieilli. || AppĂ©tit charnel, sensuel, sexuel, vĂ©nĂ©rien. ⇒ Concupiscence, convoitise, dĂ©sir.
♩ Absolt, vx. || Leur beautĂ© aiguisait (cit. 8) l'appĂ©tit. || Agacer l'appĂ©tit (de qqn), exciter; → Accort, cit. 3.
20 Elle Ă©tait fille Ă  bien armer un lit,
Pleine de suc, et donnant appĂ©tit (
)
La Fontaine, Contes, II, 6.
20.1 Une pareille bonne fortune à son ùge était inespérée. Elle se jeta dessus avec un appétit d'ogresse.
Flaubert, l'Éducation sentimentale, III, IV.
4 Mod. || AppĂ©tit de : dĂ©sir pressant de (qqch.). ⇒ Aspiration, attrait, curiositĂ©, dĂ©sir, faim (fig.), goĂ»t, passion, soif. || AppĂ©tit d'argent, de culture, de gloire.
21 Le penchant romanesque est un appétit du beau idéal.
G. Sand, Histoire de ma vie, t. III, p. 15.
22 L'amour, aprĂšs tout, n'est qu'une curiositĂ© supĂ©rieure, un appĂ©tit de l'inconnu (
)
Flaubert, Correspondance, t. I, p. 156.
23 Elle se sentait une Ăąme vivace et fraĂźche, un cƓur toujours jeune, l'ardeur d'un ĂȘtre qui commence Ă  vivre, un appĂ©tit de bonheur insatiable, plus vorace mĂȘme qu'autrefois, et un besoin d'aimer dĂ©vorant.
Maupassant, Fort comme la mort, p. 311.
24 Croyez-vous que cette soif de bien-ĂȘtre soit un signe des temps ? Les hommes n'ont eu Ă  aucune Ă©poque l'appĂ©tit du malaise. Ils ont toujours cherchĂ© Ă  amĂ©liorer leur Ă©tat.
France, le Crime de S. Bonnard, p. 427. → AmĂ©liorer, cit. 2.
25 MĂȘme chez un condamnĂ©, un mort en sursis, il y a un tel appĂ©tit de projets, d'espĂ©rances !
Martin du Gard, les Thibault, VIII, 15.
26 Jacques, sans bien entendre, se serrait contre Antoine, avec un appétit soudain de tendresse.
Martin du Gard, les Thibault, II, 3.
27 L'appétit de savoir naßt du doute.
Gide, les Nouvelles Nourritures, p. 149.
28 L'appétit de souffrir est, lui aussi, une concupiscence.
F. Mauriac, Souffrances et Bonheur du chrétien, p. 71.
29 Le besoin de survivance est si vif chez nous, femmes, et si féminin l'appétit de victoire physique !
Colette, l'Étoile Vesper, p. 74.
❖
CONTR. Anorexie, dégoût, dysorexie, inappétence, répugnance, répulsion, satiété.
DÉR. AppĂ©tissant, appĂ©titif, appĂ©tition.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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